MA VISION
Pendant 18 ans, j’ai dansé dans un univers où le regard était tourné vers l’extérieur : la scène, la performance, le spectacle.
J’ai passé 11 ans au Crazy Horse, l’un des cabarets les plus exigeants. C’est un univers où la précision, la discipline et la recherche du détail sont poussées très loin. J’y suis allée jusqu’au bout. J’ai exploré cette quête de perfection avec tout ce que j’avais.
Et c’est justement là que quelque chose s’est déplacé en moi.
Aujourd’hui, j’ai envie de vous inviter à faire le chemin inverse. À revenir vers vous.
Pendant toutes ces années, j’ai beaucoup souffert des diktats autour du corps. J’étais toujours un peu trop pulpeuse, il y avait toujours un peu trop de cellulite, toujours quelque chose à corriger.
Et je peux même vous avouer quelque chose.
Le simple fait de me lever en maillot sur une plage pouvait être difficile. J’avais l’impression que les gens allaient être déçus. Que mon corps ne serait pas à la hauteur de ce qu’ils imaginaient d’une danseuse du Crazy Horse. Parce que moi-même, je ne correspondais pas aux exigences que mon métier m’avait apprises.
C’est étrange à dire quand on a passé une partie de sa vie sur scène, mais c’était pourtant bien réel.
Peut-être que c’est aussi pour ça qu’aujourd’hui, j’ai envie d’accompagner les femmes autrement.
J’ai envie qu’elles habitent leur corps. Qu’elles apprennent à l’aimer, même avec leurs complexes. Qu’elles puissent être en paix avec leur féminin, avec leur sensualité, avec ce qu’elles sont, sans avoir besoin de correspondre à une image.
Dans mes espaces, j’ai envie de créer une bulle de bienveillance, d’amour et de féminin sacré. Une bulle où il y a de l’intime, de l’émotion et de la sororité. Un endroit où chacune peut venir comme elle est, sans avoir à prouver quoi que ce soit. Juste être là, avec son corps, son histoire et ce qu’elle traverse.
Avec le temps, les thérapies que j’ai traversées, mon parcours de danseuse et toutes les expériences qui m’ont construite se sont rejoints. Aujourd’hui, je ne les sépare plus.
Je crois que la vraie expression part de l’intérieur. Quand on écoute réellement son corps. Quand on regarde et qu’on accueille ce qui est là, dans toute sa vulnérabilité.
Pendant des années, j’ai été nue sur scène. Et pourtant, je crois que la plus grande nudité n’est pas celle du corps.
La plus grande nudité, c’est d’oser se montrer telle que l’on est. D’oser laisser voir ses émotions, sa sensibilité, sa personnalité. C’est cette mise à nu-là que je trouve la plus belle.
Et je crois que c’est à partir de cet endroit que l’on peut vraiment s’exprimer. Que ce soit dans la danse, dans la vie ou sur une scène.
J’aime toujours la performance, et je peux aussi accompagner celles qui souhaitent développer leur présence scénique. Mais pour moi, la technique et la performance prennent une autre dimension quand elles sont nourries par quelque chose de plus profond.
Je ne crois pas qu’il faille choisir entre l’intérieur et l’extérieur. Je crois simplement que lorsque l’on se rencontre vraiment, ce que l’on exprime devient plus juste, plus libre et plus vivant.
C’est cette vision de la danse que j’ai envie de partager aujourd’hui.
Marine Rosse